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Les humazailes

Publié le par Lorens56100

Je m'appelle Agora.
Je vais vous raconter l'histoire de mes ancêtres.

Il était une fois au pays des humazailes, des hommes et des femmes qui savaient voler haut dans le ciel.

Les humazailes étaient une ancienne tribu d'Afrique de nos ancêtres.
Ben oui, nous venons de la même source, nous sommes des homo sapiens sapiens avec deux bras, deux mains, deux jambes, deux pieds, deux yeux, deux oreilles, deux narines, deux reins, deux myocardes et des milliards autres particularités similaires imprimées dans nos cellules.
Nos ancêtres savaient voler haut comme des oiseaux.
À l'époque tout était gratuit, il suffisait de tendre la main pour manger.
J'aime à les appeler les humazailes.
Pourquoi ce nom ?
Parce qu'ils étaient rarement au sol, ils se déplaçaient principalement d'arbre en arbre.
Ils étaient aussi agiles qu'un singe et légers qu'un papillon.
Leur âme était sans lourdeur sans rancœur, ils jouissaient d'être en vie. Tout les émerveillait, leur cœur était toujours en fête.
Chaque jour était une occasion de célébrer la vie sur cette terre imprévisible, abondante et intrigante.
Ils se balançaient de liane en liane pour s'abreuver de gourmandises acidulées et sucrées, des fruits de toutes les formes et de toutes les couleurs, un enchantement pour les yeux et les papilles.
La vie n'était pas sans danger, les prédateurs rôdaient souvent, trop souvent d'ailleurs, c'est la raison pour laquelle leur abri était dans les branches les plus hautes.
Le danger d'être dévorés par un lion ou une autre espèce carnivore les poussait à s'abriter dans les hauteurs sur les branches les moins accessibles.
D'où l'expression "prendre de la hauteur" pour sortir d'un conflit.
Les humazailes étaient futés et aguerris, agiles, puissants et joyeux.
Ils passaient leur journée à rire et s'amuser.
Ils pouvaient parfois pleurer après la mort de certains de leurs congénères mais cela ne durait guère longtemps, la mort faisait partie du quotidien. C'était ainsi, la naissance, la mort, les deux faces d'une même pièce, la vie en ébullition, la vie tourbillonnante, la vie imprévisible, la vie toujours changeante.
Il savait que la mort était indispensable pour jouir de l'abondance des offrandes de la vie qui se multipliaient grâce au cycle vertueux de Mère Nature.
Manger et être mangé pour s'émerveiller du spectacle vivant de la mère-veilleuse terre bleue et verte.
À l'époque des humazailes, la Terre était particulièrement verte envahie par des forêts majestueuses et foisonnantes.
Le jour où les humazailes se sont mis à marcher et se redresser pour conquérir les océans bleus, ils ont cessé de voler et ils se sont mis à construire des barques pour naviguer et pêcher, c'est qu'ils étaient intelligents ces humazailes mais certains d'entre eux ont voulu voir de l'autre côté de l'horizon et depuis, leur âme est devenue toujours plus curieuse et aux aguets, les prédateurs imaginaires et réels rôdant toujours par milliers autour d'eux.
Depuis qu'ils ont quitté les arbres pour construire des abris à même le sol et des bateaux, ils ont malgré eux fini par se dés'unir et à changer de couleur de peau selon les continents et, ils se sont mis à parler des dialectes et à utiliser des moyens de communication différents et à bâtir des monuments et des coutumes.
La nourriture est devenue plus fade et dénaturée et rien n'est plus gratuit comme avant, il faut depuis trimer et tricher pour gagner des deniers.
Les humazailes ont leur à coupé leurs ailes et leur rire à gorge déployée aussi.
Ils doivent apprendre un métier ou chaparder pour manger et se protéger.
Ils paient des abris et des assurances vie.
Les homo sapiens sapiens sont devenus de simples humains dém'unis.
Ils sont sérieux et moroses, ils ne savent plus s'amuser le coeur léger comme leurs ancêtres qui savaient rire d'un rien et s'unir pour survivre et jouir de l'abondance de l'existence.
Maintenant, ils ont besoin de potion magique pour se sentir légers et reliés.
Je sens bien que mes ancêtres les humazailes sont dans mes cellules toujours en fusion, en effervescence mais enfermée dans des murs d'acier, j'ai peur de m'envoler.
Je n'ai pas appris à voler haut dans les airs.
Je suis Agora, j'ai la phobie des oiseaux, des papillons et du monde entier.
J'ai peur de vivre léger et de me dé'chaîner.
Je suis un humain à qui on a coupé ses ailes.
Je suis sans zèle.
Enfermée dans un bunker.
J'ai créé mon enfer.
Je suis un humain qui passe ses journées tétanisé, atterré sur mon plancher glacé.
Je m'appelle Agora, j'ai peur de m'envoler comme mes ancêtres.
Les humazailes.

Lorens56100 

"Les humazailes" 8 juillet 2020

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Le confort mortel

Publié le par Lorens56100

J'ai appris à obéir.
J'ai aussi appris à m'enrichir et à consommer sans réfléchir.
J'ai appris à m'étourdir pour ne pas voir le monde débile dans lequel je dors assommé par des cachets qui cachent ma détresse tissée par le bonheur illusoire qui s'achète. Je me suis enfermé dans cet enfer qu'est le désir jamais satisfait.
Comment sortir de ce piège ?
L'illusion de mon confort n'est que la route vers une mort plus proche.
Je vais mourir alors pourquoi survivre au lieu de vivre sur cette planète qui pourrait être un paradis pour tous et non un enfer dans lequel je m'affaire toute l'année pour faire des affaires.
Super ! Aujourd'hui, si j'achète une télé à 1000€, j'ai le droit de profiter d'une réduction de 70% sur le prochain smartphone à 1200€.
Et si j'achète la télé aujourd'hui, j'ai une réduction de 260€.
Oh trop bien !
Une économie de plus de 1000€.
Vous allez me dire que c'est un sacré budget pour celui qui travaille sans relâche pour nourrir sa famille !
Mais pour moi, c'est une sacrée affaire.
J'y vais, que dis-je, j'accours, je ne veux pas manquer l'aubaine.
Mon petit dernier de 5 ans n'a pas encore dans sa chambre de télé.
Oh, il va m'adorer !
Et moi, je vais profiter du dernier téléphone portable.
C'est trop de la balle !
Amène !
Je suis un actionnaire, j'ai peur de perdre mon confort mortel.
J'ai peur de mourir pourtant, j'achète sans hésitation de la male bouffe qui empoisonne mes organes, mes artères.
J'ai peur de mourir, pourtant, je bois, je fume, je mange trop, je bouffe de l'écran à gogo qui grignote mon cerveau.
J'ai peur de mourir, pourtant, je jette mes déchets polluants et toxiques dans les rivières et les forêts.
J'ai peur de mourir, pourtant, je laisse mourir des milliers de bêtes pour me goinfrer de bonnes grillades à tous mes dîners.
J'ai peur de mourir, pourtant, je me fais injecter des produits chimiques dans les veines pour préserver ma jeunesse que je veux éterniser.
J'ai peur de mourir, pourtant, je massacre ma planète pour jouir de gadgets fabriqués par des enfants qui ne pourront jamais s'instruire pour s'affranchir du capitalisme qui les exploitent à volonté.
J'ai peur de mourir pourtant, je déforeste la planète et asphyxie nos villes surpeuplées.
J'ai peur de mourir. J'ai peur de perdre mon confort mortel.
Comment prendre mon courage à deux mains et cesser de consommer les produits industriels qui ruinent ma santé et me transforme en zombie débile qui déverse sa bile sur un jeu vidéo qui le coupe de celui qui l'a construit. Celui qui doit travailler nuit et jour pour nourrir sa famille qui crie famine.
Mais à quel moment vais-je crier stop à ce suicide collectif ?
J'ai peur de perdre mon confort mortel.
Je m'y suis habitué.
Je suis un actionnaire qui fait des affaires.

Lorens56100

"Le confort mortel"
19 mai 2020

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